La gamification au bureau, ou comment faire fuir les talents

Depuis quelques années, certaines méthodes de travail “révolutionnaires” deviennent très populaires et séduisent les dirigeants d’entreprises. C’est notamment le cas des ateliers de brainstorming, des workshops collaboratifs, des ateliers de team building ou encore de la gamification. Ils promettent de nous faire gagner du temps, de développer notre créativité ou encore d’améliorer notre productivité, mais ce n’est pas toujours le cas. La gamification a certainement des avantages, mais ne s’applique vraiment pas pour tous les usages. 

JG0A9628 1024x683 La gamification au bureau, ou comment faire fuir les talents

Comme l’expliquent parfaitement Nicolas Bouzou et Julia De Funès dans leur ouvrageLa comédie (in)humaine”, il est grand temps de “quitter l’absurdie”. La gamification fait justement partie des pratiques dénoncées par les deux essayistes. Ils prennent l’exemple de salariés d’une grande banque enfermés dans une pièce de 9h à 18h et obligés à jouer aux Lego et à la pâte à modeler, pour développer leur créativité.

La plupart du temps, ces pratiques dégoûtent les meilleurs éléments et ne ravissent que les moins bons collaborateurs. Bien souvent vantées pour développer l’esprit créatif des salariés, les techniques de gamification sont en réalité pour beaucoup un vrai supplice. Ces idées infantilisantes proposées par les cabinets de formation transforment des journées censées être productives et utiles pour les collaborateurs, en réelles impasses.

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Le management contemporain exhorte les salariés à innover et à être audacieux. Très bien, sur le papier, cela fonctionne. Pourtant, en pratique les collaborateurs sont aux prises avec des managers qui les empêchent de faire preuve d’autonomie et de prendre des initiatives. Résultat : de plus en plus de bore-out (une maladie liée à l’ennui au travail) et de brown-out (maladie liée à la perte de sens au travail) apparaissent.

Ce moment que nous avons tous vécu : votre manager organise une réunion “collaborative” de 2h pour définir le jour et l’heure d’une réunion hebdomadaire. La semaine d’après il envoie un petit message sur Slack pour expliquer qu’il vient de se souvenir qu’il devait garder ses enfants le mercredi matin, horaire initialement choisi par le collectif pour cette fameuse réunion. Finalement, il définit lui-même un nouveau créneau pour ce rendez-vous, sans vous consulter. 

L’émergence d’un nouveau style de management se confirme. Celui-ci est qualifié de management “adulte”. Il cherche moins le politiquement correct que l’économiquement efficace. Il est le management de l’autonomie, au service d’un objectif sensé. Bref, il permet aux talents de s’exprimer et de prospérer. C’est tout de même plus intéressant que l’infantilisation, n’est-ce pas ?